Mathématiques appliquées

Les aliments sont devenus théoriques. Plus de salé, plus de sucré, ni d'amer ou de doux.
Qu'est ce qu'Elle avale ? 200g de concombre = 32 calories ; 300g de tomates = 30 calories ... Un répertoire dans la tête, tri alphabétique, tiroir n°12, en référence la valeur aux 100g, règle de trois à la noix.
En mode automatique, les synapses fonctionnent bien. Pas besoin de balance ménagère : au début oui, plus maintenant, son oeil d'expert pèse, soupèse et convertit à la vitesse de l'éclair qui la flingue un peu plus à chaque repas.
Des calculs de fourmi, des comptes d'apothicaire, obsessionnels. Et des tricheries perpétuelles aussi : pour les néophytes, Elle gruge par le volume, et l'Autre en petite voix qui ne la quitte pas sait bien qu'au niveau de l'addition, c'est OK.
L'angoisse naît alors de ces repas dont Elle n'aura pas supervisé l'élaboration : quel ennemi inconnu derrière ce jus, combien de grammes de quelle substance ... Le stress : Elle va être envahie, salie, souillée. Et on va la prendre pour une folle qu'Elle est assurément, une loque, une serpillière à tordre gorgée de l'emprise de l'Autre ...