Peur de vivre

Peur de vivre, Elle ne sait pas faire, on ne lui a jamais vraiment appris. Jusqu'ici, mises à part quelques respirations venues de Lui, Elle s'est exercée à survivre. A ne pas se méprendre, le préfixe "sur-" n'a jamais été synonyme d'une forme supérieure de Vie, mais d'un ersatz, d'un leurre, d'une chimère nourrie avec les moyens qu'Elle avait à sa disposition.
A bien y réfléchir, et parce qu'il faut en définitive qu'Elle ait le courage de l'avouer, Elle a plus apprivoisé une forme de Mort que tenté de mordre dans la Vie. La Mort comme une anesthésie de ce qu'Elle a trop de mal à affronter, de ces réalités et vérités que sa tête et son estomac ont trop de mal à digérer ... Alors Elle a entamé son contrat de collocation avec l'Autre pensant certainement initialement à une forme d'apaisement, de bulle, une protection ... Et puis l'Autre a empiété sur son territoire : plus de distinction entre pièces communes et espaces privés sous ce toit partagé. L'Autre grignote, rogne, avance subrepticement ...
Guérir, ce sera aussi accepter de lâcher cette idée qu'il y ait une quelconque bulle quelquepart : la protection n'est pas le moins du monde dans les prérogatives. Vivre, c'est certes prendre les choses de plein fouet comme les coups durs auxquels Elle est déjà familiarisée, mais aussi et surtout les bonheurs (à commencer par les petits) sans culpabiliser, sans chercher à se demander si Elle en est méritante avant de commencer à les savourer.
Il y a quelques jours, quelqu'un lui a dit "Vous avez trop de talents pour vous payer le luxe de les gâcher", n'importe quoi avait-Elle alors pensé ... Et puis, oui, le sens qu'il faut donner à une Vie, c'est ça : donner, "donner pour donner, c'est la seule façon de vivre, c'est la seule façon d'aimer". ne plus se freiner, ne plus attendre pour ouvrir les robinets que tout ne soit parfait ...
Peur de vivre, oui, peur de vivre, une peur à trembler ...