Sans péridurale

Elle se sent épuisée, à être allée puiser au fond de ses tripes, de ses forces ces vérités et de les aligner en mots ... Un accouchement sans péridurale, et la "gestation" aura duré tout ce temps ... Jusqu'à oser sortir la douleur en cri, en la gardant feutrée entourée de phrases, mais en l'expulsant hors de sa carcasse.
Une drôle d'impression l'envahit. Il y a la fatigue d'abord, une nuit sans sommeil, même pas une seconde de sauvée. Il y a la souffrance que la mise en mots a engendrée, se retenir, peur de l'impudeur, fouiller dans les plaies qui n'ont jamais cicatrisé. Une forme de soulagement, de délestage, de libération, presque la sensation de flotter. Il y a aussi les peurs enfantines, intestines que la délivrance a ravivé de mille feux et qui lui flanquent une boule d'angoisse en travers de la gorge. Et encore le vide, né de ce qu'Elle a eu l'impression de débarasser, de nettoyer et dont Elle a commencé à se désolidariser .
C'est difficile les tentatives d'accouchement de soi-même, parce que la sage-femme aux forceps et celle à qui l'on demande de pousser ne font qu'une, en l'occurence Elle. Pas de monitoring, pas de petit chien qui halète, pas de brumisateur sur le visage ... Dans la solitude et le silence d'une nuit, être à l'écoute de ses contractions pour se faire naître, se faire être ...