Etiquetée

"Grande prématurée"
"Bébé n°46, réanimation, chirurgie orthopédique, couveuse 4 mois"
"Nouvelle-née qui rejette sa maman"
"Nourrisson apathique"
"Enfant taciturne"
"Première de la classe"
"Elève précoce"
"Innocente bafouée"
"Petite fille trop sage"
"Fille de Madame ..., ah d'accord!"
"Adolescente mélancolique"
"Du potentiel : classe prépa"
"Anorexique"
"Vitrine : école de commerce"
"Surnom de promo Morticia"
"Die Französin" pendant l'échange en Allemagne
"P'tit bouchon" ~ ouf, Elle respire ~
"Pro des chiffres"
"Dépressive sévère"
Des étiquettes collées sur la tronche tout le temps. Rangée dans des tiroirs en permanence, sériée, catégoriée ... Mais les stickers, ça colle, c'est gluant, et pas que sur la face ... dans les pattes, ça empêche d'avancer.
Elle est sûrement tout ça, mais Elle n'est en rien un à la fois : Elle c'est Barbabulle, qui est déjà empêtrée dans sa difficulté d'exister et qu'on case toujours dans une petite boîte. Qu'on la laisse respirer, qu'on cesse de décider pour Elle des qualificatifs qu'il faut lui coller à la peau.
Qu'on la laisse parler au moins une fois et dire ce qu'Elle a à dire, et qu'Elle n'a su pour l'instant faire passer que par son corps. Qu'on lui rende la voix en lui ôtant le baillon de l'écriteau qu'on lui a collé en lieu et place de la bouche. Elle en a des choses à dire, Elle cessera sûrement d'être "la gentille" parce que sous couvert de ses silences interprétés comme des approbations, on lui a fait du mal, et qu'Elle n'en peut plus de laisser pourrir tout ça à l'intérieur. L'impression qu'Elle va devenir folle de toutes ces choses contenues, étouffées.
Une vie "d'étiquette", c'est pas une vie ...