Par le nez

Le 13 avril, voilà la date inscrite au calendrier ... Celle qui aurait pu être la fête de leurs 6 ans d'amour, un symbole depuis décapité ...
Et son corps, une fois n'est pas coutume (!), s'est fait le porte-parole de la douleur qui la déchire et la dévore. Avec un début marqué au creux de la nuit dans laquelle Elle avait fini par s'abandonner, des flots de sang ont jailli de son nez. Pas des goutelettes et encore moins des perles, le mot est dit : épistaxis. Robinets ouverts, coule et coule ce sang du "Elle-a-mal-à-l'âme". Partout les traces : les oreillers, les pyjamas maintes fois changés, le carrelage, la moquette, l'émail du lavabo, l'éponge du linge de bain, et même le bout de la truffe de Poupou trop curieuse et trop inquiète qui n'a pas su y échapper ... Groupe O, rhésus positif partout étalé ... Les vestiges d'un épanchement du mal qu'Elle a du mal à exprimer, les ruines ADN-identifiables de cette déchirure qu'Elle n'en peut plus d'incarner.
Demain, et parce qu'aujourd'hui Elle est, au propre comme au figuré, vidée, il va falloir nettoyer. De l'eau de Javel pour tout effacer, le tambour d'une machine pour zapper, un sac poubelle pour s'en débarrasser. Pas si simple malheureusement : disparition de preuves, certes, mesdames et messieurs les enquêteurs, mais un sceau par ailleurs bel et bien marqué ...