Les vers du nez ?

Publié le par Barbabulle

 

La première fois qu'Elle a entendu ces mots, ils étaient placés dans la bouche de la mère en parlant du père sur le ton du reproche : on est toujours obligé de te "tirer les vers du nez"...

 

Du haut de ses 6 ou 7 ans, Elle en avait été horrifiée, s'étant instantanément imaginé une colonie d'asticots voraces dans l'appendice nasal de son Papa. Elle a vite commencé à se dire que si son père avait le nez habité par des animaux, il pouvait en être de même avec Elle. Elle s'est mise à inspecter l'objet du délit dans tous les sens, sous toutes les coutures, analysant chaque sensation de gratouillement ou de chatouillement comme la preuve de l'existence d'une invasion naissante. Elle en a fait des cauchemars terrifiants, se voyant recouverte d'une masse grouillante la dévorant.

Du petit format, on est passé au grand, et les visions d'horreur décuplées, après qu'Elle eut entendu parler de ver solitaire dont la capture consistait à l'attirer pour le faire remonter par l'odeur de lait chaud alléché.

Et puis un jour, Elle vit chez l'arrière grand-mère - qui perdait déjà un peu la tête et dont l'hygiène était passée hors priorités - un morceau de viande, de rôti de boeuf  laissé en liberté et que ces fichus asticots étaient venus entamer ... Ils venaient donc de là, de la nourriture ... Pour cette raison et celles déjà évoquées ICI , Elle a fait un blocage complet sur la viande.

Plus tard, et de fil en aiguille, Elle a compris ce que cette expression saugrenue signifiait : la mère voulait donc soutirer au père des vérités qu'il ne souhaitait pas aborder. La famille où tout se tait, où les problèmes ne sont pas abordés mais enterrés. Où la vérité n'est rien d'autre qu'un ver, un parasite rampant, sale et ignoble. Pour sûr, ce ver était dans le fruit, comment tout cela aurait-il pu fonctionner ?

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Publié dans Elle et l'Autre

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T
Superbe texte, interprétation vraiment intéressante.<br /> Il paraît en effet que les TCA sont la conséquence (en partie) d'une mauvaise communication dans la famille. C'est en tout cas le cas chez moi.<br /> Pour la viande, je suis comme toi, à l'exception de la viande blanche (même si j'en mange peu). Mais les raisons, je ne me les explique pas. Ca se rapproche de ce que tu décris dans ton article du 11 mars.<br /> Merci pour ce beau texte, et pour les commentaires que tu laisses si régulièrement sur mon blog! je t'embrasse...
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