Après-midi en sucre

Les défis, c'est chacun à sa mesure... Pour Elle, cet après-midi, c'était faire valider un petit bon tombé dans son escarcelle de Noël : trois heures enseignées par un grand chocolatier...
Elle a du mal avec son assiette, ça c'est un fait, mais il y a une chose qui n'a jamais réussi à la répugner, seule et unique exception des choses grasses et sucrées autorisées (enfin selon sa dose toujours les fantômes) : le CHOCOLAT.
Midi sonne, la cloche de la semaine de travail achevée a déjà sonné. Arriver dans ce véritable laboratoire culinaire et avoir du mal à cacher son malaise. Tout autour le chef primé, les bourgeoises cirées de partout-Hermès au cou-clignotantes de bijoux, les gourmandes utilisant le tablier pour masquer les effets de la substance sur leurs fessiers, les mamies qui s'ennuient par un vendredi après-midi, et les hommes égarés visiblement mandatés par les vélléités féminines. Elle au milieu ou plutôt dans un coin a revêtu comme à ses habitudes son costume de martienne, Elle s'est sentie observée et puis Elle a occulté.
L'important, les gestes passionnés d'un artiste qui peint avec du cacao, éveil des sens et des papilles, déclinaisons thématiques, techniques du dressage d'assiette. Une recette écrite, des mouvements à répéter, et c'est ainsi que naît "Petit pot de crème brûlée chocolat-orange, quenelles de ganache sur fond de crème anglaise au chocolat blanc".
A cette heure, la préparation attend dans son frigo et Elle va devoir passer à la seconde marche parce qu'il est vrai que la première ne lui a pas demandé tant d'efforts (manipuler la nourriture, Elle adore) : porter les cuillères à la bouche, se dire "hum que c'est bon!", et basta ...Cette deuxième marche est haute, sûrement une malfaçon dans l'escalier ... Allez Barbabulle, dire merci jusqu'au bout à la personne qui t'avait fait ce cadeau !