Cadavre exquis

Le bonheur ? Pareil à ces vagues que l'on croit si puissantes et si pures lorsqu'elles déferlent (San Francisco, je t'aime), et qui n'auront en définitive laissé sur la plage, sur l'existence, après s'être retirées, qu'une écume grise et un peu poisseuse.
Restituer la lumière de ces moments-là ? Sans avoir mal : impossible pour l'instant. L'espoir qu'ils portaient, les éclats de rire, les regards échangés qui menaient vers eux, tout s'évanouit. Seuls échos : les pleurs, pour apprivoiser encore le passé.
Elle ne sait pas ce qui marque la fin de l'amour, Elle ne le saura jamais : quand Elle aime une fois, c'est pour toujours. Et pourtant, il est un moment dans la vie où la mort fait irruption. La mort la plus atroce, pas de celle qui est récupérée par les pompes funèbres ... Celle d'une partie d'Elle qui s'éteint et qu'Elle ne peut pas balancer au cimetière au fond d'un trou car la dépouille est répandue en Elle.
Elle est habitée par les cendres d'un amour défait, d'un amour perdu, d'un amour intact mais qui n'a plus de destinataire. Cadavre exquis.
Alors, Elle renverse sa tête en arrière, pleine de ces déferlantes lacrymales qu'il faudrait ravaler, avec au creux du ventre cet amour qui est comme un soleil brûlant.