Leaving Las Vegas

L'histoire : Ben, scénariste alcoolique, vient de lui voir échapper femme et fille et de se faire licencier par sa société de production. Il décide de tout quitter pour Las Vegas et se donne 4 semaines pour boire jusqu'à en mourir en plantant pour cela son décor dans un motel miteux proche des bars qui ne ferment jamais. Il rencontre Sera, une prostituée, dont il s'éprend et qui décide de l'accueillir chez elle pour l'épauler jusqu'à ses derniers instants.
Mike Figgis réalise là un superbe film. Nicolas Cage est épostouflant de justesse, son interprétation de l'alcoolisme laisse sans voix : il se fond avec l'alcool, devient l'alcool, le plus criant de douleur que cette maladie personnifie, tant son aspect organique est minutieusement décrit.
Las Vegas, sous la caméra de Figgis, est, avec une photographie parfaite, loin des images véhiculées par les cartes postales du Nevada. Le film est porté par une musique jazzy qui transpire la mélancolie (mention spéciale à "Angel eyes" interprétée par Sting).
L'histoire de ces deux âmes perdues (?) qui se rencontrent pour s'aimer jusqu'à s'enivrer, au propre comme au figuré, est renversante. On assiste à la longue mais sûre descente aux enfers de Ben et on supporte, comme le fait magnifiquement Elisabeth Shue, son calvaire.
C'est l'histoire d'un amour compliqué et passionnel où chacun prend le parti d'accepter les "défauts" de l'autre, et de donner comme preuve de ne pas lui demander de changer, ou de renoncer à quoi que ce soit.
C'est l'histoire d'un amour où chacun est à la fois conscient et sans conscience de son étrange statut.
C'est l'histoire d'un amour déchirant, sombre, trouble et pesant qui fait hypothétiquement se rapprocher deux êtres exclus de la société.
C'est l'histoire d'un amour où chacun a le cran de s'infliger une punition au lieu de l'imposer aux autres.
... L'histoire d'un film qui fait ressurgir ce que chacun a de plus beau en lui : ses sentiments...