Kesako ?

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair (Cioran)

Vu, lu, entendu

Vendredi 20 janvier 2006

L'histoire : Toutes les nuits, Attilio, poète mais surtout grand rêveur devant l'éternel, imagine qu'il épouse Vittoria. Mais tous les instants éveillés, elle n'a de cesse de le rejeter. Un jour, Attilio apprend par téléphone de son ami Fouad, poète irakien, que venue à Bagdad pour rédiger sa biographie, Vittoria a été victime d'une bombe et a sombré dans un coma qui ne laisse pas beaucoup d'espoir. Attilio part immédiatement pour l'Irak, maudite guerre ou pas ...


Le clown italien est de retour. Dans "La vie est belle", Benigni tentait de cacher à son fils l'horreur des camps de concentration en redoublant de drôlerie et de féérie. "Le tigre et la neige" titille le même registre : sur une toile de fond tragique - ici 2003 = intervention américaine en Irak, bombes, pillages, médecins démunis - le réalisateur (et acteur principal) expose son lyrisme et sa magie.


Mais le message n'est pas politique, alors que le cadre aurait pu aisément le justifier, on pourra aller jusqu'à dire que cette guerre est un prétexte. Ce fillm est une DECLARATION D'AMOUR et il est porté par l'élan de vivre incroyable de l'italien (parfois pourtant l'accumulation de ses gesticulations et autres grimaces peut agacer).


Pas un chef-d'oeuvre, mais une véritable bouffée d'oxygène, de poésie, d'humour et d'émotion! (Et la scène du Tigre sous la neige est un pur moment de délice...)


Des larmes oui, mais aussi beaucoup de sourires, et le film terminé le coeur léger et l'esprit se laissant aller à de grandes envolées d'optimisme béat.


L'amour transcende : il nous fait voir le monde avec d'autres yeux, comment pourrait-on envisager le sens de notre existence autrement?

Par Barbabulle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 30 janvier 2006

L'histoire : Ben, scénariste alcoolique, vient de lui voir échapper femme et fille et de se faire licencier par sa société de production. Il décide de tout quitter pour Las Vegas et se donne 4 semaines pour boire jusqu'à en mourir en plantant pour cela son décor dans un motel miteux proche des bars qui ne ferment jamais. Il rencontre Sera, une prostituée, dont il s'éprend et qui décide de l'accueillir chez elle pour l'épauler jusqu'à ses derniers instants.

Mike Figgis réalise là un superbe film. Nicolas Cage est épostouflant de justesse, son interprétation de l'alcoolisme laisse sans voix : il se fond avec l'alcool, devient l'alcool, le plus criant de douleur que cette maladie personnifie, tant son aspect organique est minutieusement décrit.

Las Vegas, sous la caméra de Figgis, est, avec une photographie parfaite, loin des images véhiculées par les cartes postales du Nevada. Le film est porté par une musique jazzy qui transpire la mélancolie (mention spéciale à "Angel eyes" interprétée par Sting).

L'histoire de ces deux âmes perdues (?) qui se rencontrent pour s'aimer jusqu'à s'enivrer, au propre comme au figuré, est renversante. On assiste à la longue mais sûre descente aux enfers de Ben et on supporte, comme le fait magnifiquement Elisabeth Shue, son calvaire.

C'est l'histoire d'un amour compliqué et passionnel où chacun prend le parti d'accepter les "défauts" de l'autre, et de donner comme preuve de ne pas lui demander de changer, ou de renoncer à quoi que ce soit.

C'est l'histoire d'un amour où chacun est à la fois conscient et sans conscience de son étrange statut.

C'est l'histoire d'un amour déchirant, sombre, trouble et pesant qui fait hypothétiquement se rapprocher deux êtres exclus de la société.

C'est l'histoire d'un amour où chacun a le cran de s'infliger une punition au lieu de l'imposer aux autres.

... L'histoire d'un film qui fait ressurgir ce que chacun a de plus beau en lui : ses sentiments...

Par Barbabulle
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 8 février 2006

 

L'histoire : Lee (Aileen Wuornos), petite poupée blonde aux rêves déçus, survit en se prostituant. Au cours d'une de ses nombreuses errances, un soir, dans un bar, elle rencontre Selby, gamine gâtée et frustrée de ne pouvoir vivre son homosexualité, enfermée dans son carcan culturel et familial. C'est le coup de foudre. Pour leur donner la possibilité à elles et à leur amour de subsister, Lee continue à vendre son corps jusqu'à cette nuit du drame, et le début de la descente aux enfers (quoi qu'elle ait déjà débuté bien avant), où elle assassine un client qui l'a agressée, ..., puis une série de 6 autres ...

Patty Jenkins, s'inspirant de l'histoire vraie de la 1ère "serial killer" femme condamnée à mort aux USA, met en scène un cri de douleur déchirant. Plaidoyer, réquisitoire? Monster, empreint de réalisme, illustre la complexité des circonstances qui jalonnent une vie. Noir, parfois désespéré, parce que la vie y est une putain, le film fait souvent froid dans le dos.

Réhabiliter un être humain, transformé malgré lui en monstre, c'est la question ici soulevée. Autant victime que coupable malgré l'horreur des crimes commis? On se demande en fait qui est le véritable monstre : Lee, qui a tué 7 hommes pour survivre et sauver son amour (mais laisse la vie sauve à un type bégayant qu'elle prend en pitié)? La vie qui ne lui a pas laissé sa chance lorsqu'elle a voulu "rentrer dans le rang"? Selby, dont Lee a voulu satisfaire toutes les envies et désirs, engluée dans des liens de dépendance affective et de manipulation consciente/inconsciente?

Charlize Theron et Cristina Ricci sont toutes les deux excellentes, justes et investies. La réalisation est efficace, sans voyeurisme, et réussit néanmoins à glacer (on pense parfois à Thelma & Louise).

On est tous le monstre de quelqu'un. La violence est un système qui se nourrit de conditions particulières...

Par Barbabulle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 4 mars 2006

 

L'histoire : Fraîchement divorcée, Rafi - 37 ans - surmonte tant bien que mal cette épreuve lorsque la foudre la frappe en la personne de David - 23 ans - un peintre  qui lui donne un nouveau goût à la vie. Elle en parle naturellement à sa psy, Lisa, dont le travail a toujours été de la réconcilier avec elle-même et les hommes. Pourtant, lorsque la thérapeute découvre que le David en question est son propre fils (unique de surcroît), les choses prennent une tournure plus compliquée ...

Ces petites confidences ont une affiche alléchante : un face-à-face Uma Thurman-Meryl Streep suscite beaucoup d'attentes...


Le réalisateur Ben Younger raconte finalement une éducation sentimentale, presque classique en employant presque toujours un ton décalé. On vit de bons moments nés des situations embarrassantes que vivent les personnages.

 

Rafi et David ont à mesurer tout ce qui les sépare pour éprouver leur amour : la différence d'âge, de culture (mode-peinture), de religion (athée-juif pratiquant). L'histoire est un assez joli conte sur l'évolution personnelle et le trajet de chacun dans une relation amoureuse ("You love, you learn and you move on").

Mais il manque quelque chose, les choses sont frôlées, les personnages approchés et on n'aboutit à rien ... Les flash-backs sont parfois excédants et le film s'affadit vite.

Dommage parce que la confrontation de cette maman aux confidences intimes sur la vie de son fils offre de délicieux moments, parce qu'Uma Thurman est lumineuse et qu'on aurait aimé un peu plus croire en l'Amour ...

Par Barbabulle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 5 mars 2006

 

L'histoire : Claire Gautier travaille dans un cabinet d'assurances et vit une "vie sans histoire" auprès de son mari et de sa fille. A l'occasion d'un dégât des eaux dont elle a à traiter le dossier, elle fait la connaissance de Laurent Kessler, un vétérinaire. Leurs relations vont rapidement prendre un ton plus personnel tant il émane de Laurent un mystère qui touche Claire immédiatement. Il ne cache pas son côté "prédateur de femmes", mais il semble avec Claire être à la conquête d'autre chose. Par ailleurs, la jeune femme ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre ce nouveau personnage dans sa vie et un tueur au scalpel qui a déjà assassiné plusieurs femmes dans la région. Contre toute attente pourtant, Claire ne prend pas la fuite, elle se rapproche encore et encore ...

Le film est fort de la confrontation entre ses deux acteurs : Benoît Poelvoorde, sombre, obscur, écorché et énigmatique à souhait et Isabelle Carré, splendide d'opacité et de discrétion à la fois.

Double point de vue : celui du tueur et celui de la victime, et tout le talent de la réalisatrice Anne Fontaine est de brouiller les pistes. Elle ose filmer le sex-appeal du serial killer et nous renvoit à des sentiments de terreur et d'hypnose.

Cette relation est dangereuse pour l'un comme pour l'autre et pourtant ... soupçons, remords ... Elle tombe amoureuse de son tueur et est celle qui le soulage de ses pulsions de meutre. Entre ses mains, elle se laisse faire et se laisse vivre. Il poursuit celle qui lui a accordé sa confiance et son amour et est celui qui la soulage de sa vie familiale trop rangée la sclérosant. Entre ses mains, il se calme, se découvre et s'aide.

Comme Claire, on se laisse envoûter par Laurent, on a peur de lui tout en voulant le revoir parce qu'on veut percer son mystère, sa détresse. On suppose qu'il est cet affreux tueur au sang froid tout en ne voulant pas y croire car, et c'est là tout le talent de Poelvoorde qui éclate, Laurent n'est rien d'autre qu'un enfant perdu qui a besoin qu'on l'aide/l'aime.

Une grande richesse émotionnelle, un thriller dramatique glaçant et percutant dont on ne veut perdre une miette.

 

Par Barbabulle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus