Kesako ?

La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair (Cioran)

~Je~

Vendredi 15 décembre 2006
 

 

 

Je suis sortie de l'hôpital psychiatrique, l'asile, parce que oui c'est là-bas que je suis allée. Je suis sortie et j'ai changé ...


Ce que j'ai vu, vécu là-bas a été dur, très, confrontant, angoissant, déstabillisant, choquant, apeurant, décourageant et puis encourageant et puis décourageant et puis ...Je ne pourrai jamais faire comme si ça n'avait pas existé, sur bien des plans.


Ce que j'y ai fait et expérimenté fait sûrement que je suis sur la route vers ~Je~ même si je sais que le chemin est encore long, très, qu'il faut l'approcher, l'apprivoiser et l'écouter cette personne emmurée et emprisonnée pendant si longtemps.


Les médecins donnent des pronostics de durée de traitement pour de réels progrès, oui le chemin est encore long : ça peut faire peur ou mal ou les deux. Je cultive l'espoir que la maladie me laissera le temps de lui dire bye-bye définitivement, je n'en veux plus de cette maladie pour vivre parce que je ne vis pas entre ses bras.


Je continue ma prise en charge autrement, plus en enfermement continu, je suis dorénavant en "responsabilisation thérapeutique partielle", en service "spécialisé" et plus en "psychiatrie générique".


Je veux parler, je veux sourire (on m'a fait comprendre que ça m'allait plutôt bien), je veux rire, je veux respirer, je veux voyager, je veux donner et échanger, je veux aimer, je veux être aimée, je veux construire, je veux avancer, je veux que l'on s'adresse à et que l'on regarde ~Je~ (plus de bouts d'Elle, de l'Autre ou de je ne sais pas quoi).


Je sais en plus, j'ai accepté de savoir, que je n'étais pas seule, outre le staff médical en action. Mon exil m'a montré irrévocablement les personnes qui comptaient, celles qui depuis plus ou moins longtemps croient en ~Je~ et ont envie que je lui donne la parole.


Je veux dire *** merci *** à ces personnes rares, belles, parce que je les aime, chacune à leur façon. Je ne ne serais sûrement pas là si elles ne l'avaient pas été ... Once, twice, someone saved my life ...


Adressés à cette cochonnerie de maladie ces mots en uppercut ...

"Donne-moi le temps
D'apprendre ce qu'il faut apprendre
Donne-moi le temps
D'avancer comme je le ressens
Y'a pas d'amour au hasard
Ou qui arrive trop tard
J'appendrai le temps d'attendre

Tellement de rêves
Qui se trouvent gâchés
A vivre tout juste pour s'évader
Est ce que nos peurs valent
A ce point la peine
Pour exiger aussi peu de nous même ?"


JE VEUX VIVRE


Par Barbabulle
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Mardi 19 décembre 2006
 

 

 

Rien à faire, pas la peine de lutter. C'était il y a 5 ans et dans ma tête le film se déroule comme si c'était hier.

Il y a 5 ans, je l'ai accompagnée, jusqu'au dernier souffle, trois jours sans dormir ni manger, jusqu'à ce qu'elle soit débranchée. Quelques jours avant, elle avait écrit des lettres -sauf à moi- et elle avait décidé de partir. Mort cérébrale et un corps que des machines viennent animer d'une respiration qui ressemble à du vrai, que des machines viennent maintenir à une température qui n'est pas celle du cadavre pourtant déjà allongé ... En attendant théoriquement le 3ème EEG plat et l'annonce à la famille, en attendant -puisque la personne couchée est dans une forme de coma- qu'on lui dise à l'oreille les choses que l'on a sur le coeur et qu'elle entendra peut-être.

Je ne lui ai rien dit, ou si peu, je n'en ai pas été capable. Je ne voulais pas qu'elle m'entende, dessus mon coeur il y en avait trop justement, pour savoir par où commencer et en service de réanimation les visites sont chronométrées.

Cinq ans que la personne qui m'a, quoi qu'il en soit, donné la vie a claqué la porte d'une existence déchirée. Orpheline de qui, orpheline de quoi ...

Et la douleur, intestine, viscérale, celle qui ronge, la colère, les absences, les reproches, les manques, l'amertume, petite fille perdue sans celle dont je n'arrive même plus à prononcer le nom pourtant si beau, "Maman" ...

 

Par Barbabulle
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Lundi 25 décembre 2006

 

 
 Cher Père Noël !


J'ai consulté tous les catalogues que j'ai reçus dans ma boîte à lettres, lancé des recherches sur tous les moteurs du Net ... et je n'ai pas vraiment trouvé la référence exacte de ce que je souhaiterais que tu m'apportes par la cheminée ...


Néanmoins, je suis sûre que, guidé par tes lutins ingénieux, tu trouveras ce dont je te passe commande ici, dans tes magasins géants, tes rayonnages féeriques qui mettent du baume au coeur de tous les petits et grands enfants ... 


 

© PETIT PAPA NOËL, JE VOUDRAIS UNE GUERISON ©


 

 

 Merci d'avance ... Mais surtout, avant de partir, il faudra bien te couvrir : dehors tu vas avoir si froid et c'est un peu à cause de moi ...


Barbabulle 

 

Par Barbabulle
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Vendredi 29 décembre 2006

 

C'était un mardi et le ciel était gris ...
Un mardi et il a fallu la fermer ...
Un mardi, on a assassiné la gamine de 6 ans que j'étais ...
V comme V.....

 

Par Barbabulle
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Lundi 29 janvier 2007

 

Un Papa, c'est un homme ordinaire que l'amour transforme en aventurier, en conteur d'histoires, en héros, en Superman. Haut placée sur tes épaules, mes mains tenues fermement dans les tiennes, tu marchais à grands pas, comme un géant, le monde à nos pieds, et je me sentais en sécurité, ayant moins peur de tomber.

Tu m'as protégée tant de fois, épargnée, couvert les yeux sur ce qu'il ne fallait pas trop voir, sur elle et le reste. Tu t'es abaissé à ma taille pour jouer et tu as su devenir immense lorsque j'avais tant besoin de protection. Le seul, l'unique, le vrai car il n'y en a qu'un et que le plus fort c'était toi.

Et puis, la maladie, la folie, les bouteilles t'ont emmené ailleurs ... un autre monde, ta planète insondable ...

Et puis ... c'est dans une boîte en bois que les costumés qui "croquent" la dernière page des derniers souffles t'ont enseveli ...

La fin de ta vie ... en fumée ... mon Papa calciné ...

C'est à travers de cette putain de boîte en bois que je t'ai hurlé que je t'aime ...

Mon Papa à moi est mort, et cette fois, pour de bon, j'ai envie de crever.

 

Par Barbabulle
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